PLATEFORME CITOYENNE JUSTICE ET VERITE (Immeuble CACIT ; Téléphone : +228 22 42 68 75/90 02 10 38 ; Mail : justiceverite.tg@gmail.com )
Réf : N°001/10-11/BAD
Lomé, le 18 octobre
Lettre ouverte Monseigneur Nicodème-Bénissan BARRIGAH Président de la CVJR Lomé
Objet : Contribution à la réussite des audiences publiques
Monsieur le président,
Depuis le 06 septembre 2011, la commission que vous dirigez a démarré la phase des audiences publiques, privées et in caméra. Cette phase permettra à la commission d'écouter aussi bien les victimes, les témoins que les présumés auteurs en vue de recueillir leurs versions des faits pour l'établissement de la vérité. Comme on peut s'en douter, les défis à relever lors de cette phase cruciale du travail de la CVJR se sont révélés nombreux mais nous sommes convaincus de votre détermination à aller au bout de votre mission. Nous nous réjouissons surtout des dispositions prises pour l'effectivité de cette phase importante dans la recherche de la vérité.
En effet, du bon déroulement de ces audiences dépendent la manifestation de la vérité sur le passé difficile qu'à connu le Togo.
Mais au moment où le peuple togolais et les différentes parties prenantes suivent avec grand intérêt le déroulement desdites audiences, nous, membres de la Plateforme Citoyenne Justice et Vérité regroupant des organisations de la société civile (associations de femmes, de jeunes, de défense des droits de l'Homme), des confessions religieuses, des médias, des syndicats et des personnalités indépendantes voulons, par la présente, vous exprimer nos inquiétudes sur un certain nombre de défis notamment :
- La non visibilité des auteurs présumés, du moins publiquement de Lomé, à Atakpamé en passant par Dapaong, Kara et Sokodé. Il nous semble, en effet, que ce serait un signale fort qui serait donné à toute l'opinion que certains présumés auteurs soient publiquement auditionnés et reconnaissent leurs torts. La crédibilité de votre commission dépend de signaux forts favorables à la vraie réconciliation nationale. Convaincue que la manifestation de la vérité et l'expression du pardon
constituent le soubassement même de la réconciliation, la Plateforme citoyenne justice et vérité voudrait en appeler donc à votre savoir faire pour trouver les voix et moyens pour que certains présumés auteurs cités par les victimes interviennent publiquement pour demander pardon. - Les «droits de réponse» de l'armée citée dans certains cas de violation de droits de l'Homme : on a noté que, l'armée exerce de façon récurrente son droit de réponse, non pas pour demander pardon, au moins sous l'angle de la responsabilité institutionnelle, mais pour réfuter systématiquement les accusations portées contre elle. Cela amène beaucoup d'observateurs à se demander à quand un vrai mea culpa, base d'une vraie adhésion au processus de réconciliation dans le pays. A cette allure, peut –on raisonnablement penser que les résultats de votre travail fassent l'objet d'un réel consensus national et que les bases d'une réconciliation durable soient ainsi posées?
- Les informations faisant état de plaintes que des présumés auteurs cités par des victimes se prépareraient à porter contre ces dernières auprès des tribunaux. Or conformément à l'article 3 du décret 2009-147/PR portant nomination des membres de la CVJR, « Les témoins et tous les intervenants auprès de la commission bénéficient de la protection de l'Etat et ne peuvent être poursuivis ou arrêtés pour leurs propos, avis ou opinions ». Cela voudrait dire que personne ne peut être cité devant un tribunal pour les témoignages qu'il aura rendu durant les audiences. Nous vous demandons donc de prendre des dispositions pour que cet article soit respecté.
La Plateforme suggère en outre que des investigations poussées soient menées, au besoin, sur la base de recherches documentaires, afin de s'assurer que les personnes présentées lors des audiences publiques sont dépositaires de versions crédibles des faits et que de nouvelles polémiques ne surviennent pas à la fin des auditions.
Nous voudrions enfin vous encourager à faire assurer la diffusion des audiences sur les médias publiques à des heures régulières afin que le peuple togolais dans toutes ses composantes puisse suivre et connaître les tenants et les aboutissants des évènements malheureux survenus au Togo.
Convaincue de votre bonne foi à conduire ce processus et aboutir à une réconciliation au Togo, la plateforme tout en vous réitérant sont soutient vous adresse ses sincères encouragements pour le reste du travail. Nous sommes disposés à apporter notre contribution pour réconcilier les filles et fils de ce pays.
Nous vous adressons, nos sincères salutations.
Les membres du comité de coordination :
Docteur Kanny SOKPOH-DIALLO
Professeur Magloire Kwamvi KUAKUVI
M. André Kangni AFANOUM.
Bonaventure MAWUVI
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